Podcast Notes
L’inspiration …
Un concept essentiel lorsque l’on commence à scruter la légendaire première page blanche d’un roman à imaginer.
La définition de ce mot dans le Larousse est : Souffle susceptible d’emplir et d’animer l’âme ou l’esprit, ou idée qui illumine l’esprit.
D’où vient ce souffle ?
Je me souviens d’une promenade sur l’Acropole à Athènes. Tandis que je contemplais les cariatides de l’Érechthéion, « on » me souffla l’idée de nommer l’héroine principale de mon futur roman : Thalia. Ce prénom était celui de la muse de la comédie, personnage important de la mythologie grecque. Elle prit place, plus tard, dans mon roman « L’au-delà des dieux ».
Qui était ce « on » ? Thalia elle-même ?
Alors, je me demande :
A-t-on une de ces neuf inspiratrices des arts et des sciences, filles de Zeus et de Mnémosyne, blottie bien à l’abri d’une zone secrète de notre cerveau, guettant une occasion propice pour se manifester, ce que la Muse Thalia avait réussi à faire ce jour-là ?
Qui ou qu’est-ce qui provoque cette étincelle magique, cette vision fulgurante, cette synchronicité bienvenue, cette énergie fécondante, cet élément insolite, brisant tous les freins, toutes les censures, et ouvrant tout grand les portes de l’imaginaire ?
Est-ce de l’ordre du visible, de l’invisible, du rationnel, de l’irrationnel ?
Je cherche des réponses …
Quelles sont les sources d’inspiration ayant été les déclencheurs de mon désir d’écrire, si puissants qu’ils m’ont permis de passer à l’acte ?
Je rappelle d’abord à ma mémoire le plus récent …
Je trouve …
… celui qui m’a décidée à créer mon roman dernier-né, La clinique du lendemain, alors que je m’étais résignée à ne plus écrire.
Je vous raconte :
En novembre 2025, la chronique de Manuel Meszarovits, parue sur son blog, Le monde du polar, à propos de mon roman, Chasses en cours, fut ce fabuleux déclic initiant mon retour à ma pratique de romancière. J’avais autoédité ce livre en avril 2022. S’en était suivie une traversée du désert où l’envie d’écrire, bien que toujours présente, ne trouvait plus sa raison d’être et où l’agréable et toujours surprenant souffle de l’inspiration m’avait abandonnée.
Quand cette élogieuse chronique, intitulée « Quand la traque devient obsession », apparut sur ma messagerie, au moment où je m’y attendais le moins, où je m’étais résignée à me priver de cette « nécessité intérieure » dont parlait Wassily Kandinsky dans son livre, Du spirituel dans l’art, ce fut un enchantement. La magie voulait à nouveau de moi, venant me sauver du silence créatif. Les mots de Manuel décrivaient, expliquaient, soulignaient, repéraient les signes, les symboles, les secrets cachés, mes intentions plus ou moins conscientes, les particularités de mon style, et surtout, ce que mon âme avait souhaité exprimer.
Oui, c’était comme une communication d’âme à âme, la relation parfaite pouvant naître entre un auteur et son lecteur. Alors, cette précieuse inspiration que je croyais perdue de vue à jamais, disparue au fin fond d’insondables oubliettes, réapparut pour mon plus grand bonheur. Le chroniqueur se révélait être également un pygmalion. Je me suis aussitôt remise à l’ouvrage. J’ai écrit la seconde enquête de Lucrèce Camilleri et Julius Lictor, La clinique du lendemain, en quelques mois.
Alors, je me demande …
Manuel est-il lui aussi inspiré par des Muses ?
Est-ce ma Muse Thalia qui l’a guidé vers la lecture de mon livre ?
Je me souviens de ce passage de L’au-delà des dieux, où je raconte les retrouvailles de Thalia, la terrienne, avec Zeus et les siens, sur le mont Olympe, après un de ces tours de passe-passe fantastiques que j’aime imaginer :
Lorsque Thalia et Apollon entrèrent dans la salle des banquets, Zeus, Mnémosyne, et les huit muses, étaient déjà attablés autour de savoureuses douceurs trônant sur la table. Le nectar et l’ambroisie, ces nourritures délicieuses capables de rendre immortel, emplissaient des vasques d’or. Ces joyeux convives faisaient honneur à Dionysos, le dieu de la vigne et du vin, nommé Bacchus dans le monde latin, tenant en leurs mains, à son instar, une alléchante grappe de raisins, et dégustant de ce vin qui inspire la joie. Les conversations allaient bon train. Tout autour, les Corybantes dansaient et chantaient.
La chronique de Manuel fut une de ces douceurs, un véritable nectar, une source de joie et un formidable encouragement à poursuivre, autorisant les idées à emplir à nouveau « les vasques d’or ».
Ce miracle s’est à nouveau produit quand une seconde chronique de Manuel, intitulée « Une enquête à la croisée du rationnel et du paranormal ». est apparue sur son blog, en juin 2026. C’était un signal fort, une réassurance, l’octroi d’une légitimité réconfortante. Après l’avoir lue, j’ai ressenti la présence de ma Muse, une vibration délicate qui me soufflait, dans le creux de l’oreille, le début de la troisième enquête de mes héros.
Maintenant, je rappelle à ma mémoire les sources d’inspiration qui ont été les déclencheurs de la création de mon tout premier roman.
le cherche …
Je trouve …
… tout était venu d’un rêve.
Insufflé par qui ?
Déjà par Thalia ?
Par un autre être tapi dans mon subconscient, là où s’épanouissent les songes les plus fous ?
Plongée en un sommeil profond, je vis soudain s’inscrire lettre d’or après lettre d’or, cette phrase imitant la frappe des anciennes machines à écrire : « Écris un roman alimentaire ! » Elle était doublée d’une voix cristalline énonçant cet ordre avec force. Je n’ai jamais oublié ce commandement intimé par … je ne sais pas qui. Il a trotté quelques temps en mon esprit, obsessionnel, jusqu’à ce que, un jour, je m’assoie devant mon clavier et commence à prêter vie à mon premier personnage, Enlila Apkallu, en ces lignes :
Une nuit, en songe, elle avait distingué très clairement, jaillissant d’un brouhaha indéfinissable, une voix déterminée ordonnant avec conviction :
» Écris un roman alimentaire ! »
Le souvenir de ces quatre mots énigmatiques ne s’effaçait pas. C’était un signe. Il ne fallait pas ignorer cette injonction. Enlila s’était ralliée aux théories téméraires de Carl Gustav Jung, ce grand interprète de la psyché humaine, le préférant au non moins illustre Sigmund Freud. Il lui était donc impossible de se résoudre à considérer les rêves comme quantité négligeable.
Elle s’était longuement interrogée sur la signification de cette formule assénée en plein sommeil, devenue obsédante : « Écris un roman alimentaire ! » S’agissait-il de devoir mitonner un livre de cuisine ? Une autre voix, diurne celle-là, lui avait fait remarquer sans grand ménagement que, n’étant pas à proprement parler un chef chevronné, il serait plus judicieux de suivre une autre piste. La jeune femme avait alors supposé qu’on lui soufflait peut-être là un moyen de devenir un peu plus riche en fabriquant un produit appelé à devenir, à coup sûr, commercialisable.
Toutefois, cette version lui sembla par trop matérialiste et bien peu digne de ce que peuvent induire nos rêves et leur magie. Envisageant un deuxième degré de lecture de cette sollicitation mystérieuse, elle réalisa que le terme alimentaire pouvait concerner plusieurs formes de nourritures, non seulement terrestres, mais également spirituelles ou affectives. En ce cas, écrire un best-seller, à condition qu’il soit publié, se révélait un moyen intéressant et noble de s’enrichir intellectuellement et de s’insérer dans un vaste réseau de communication avec le monde.
Cette hypothèse était la plus séduisante. Enlila décida donc d’engendrer ce qui pourrait devenir, à toutes fins utiles, ce best-seller, ce conte des temps modernes, capable de recueillir une multitude de suffrages.
Ainsi naquit le premier tome de ma trilogie Enlila, Le voyageur de Sirius, d’abord titré, Le roman alimentaire de Enlila Apkallu, avant sa réédition. Je n’ai jamais su quelle était la Muse m’ayant ainsi imposé de devenir romancière, comme elle avait exigé du poète grec Hésiode, tandis qu’il faisait paître ses troupeaux, d’écrire un chant contant l’histoire des dieux immortels ; ce qu’il fit.
Pour conclure, remercions donc les Muses sans lesquelles nous serions stériles ; chantons avec elles tout ce qu’elles nous inspirent, nos romans, nos musiques, nos films, nos peintures, nos photographies …
Et il est heureux celui que les Muses aiment ! Une douce voix coule de sa bouche. Si quelqu’un, l’âme blessée d’une récente douleur, s’attriste, gémissant dans son cœur ; qu’un Aoide, nourri par les Muses, célèbre la gloire des anciens hommes et loue les Dieux heureux qui habitent l’Olympe, aussitôt il oublie ses maux, et de ses douleurs il ne se souvient plus, car les dons des Déesses l’ont guéri. (La théogonie d’Hésiode).