À propos

Un soupçon d’autobiographie : Genèse d’une vocation

Je suis née en Charolais-Brionnais, là où de merveilleuses églises et chapelles romanes rayonnent, témoignant de l’art des bâtisseurs du XIe et du XIIe siècle. J’ai aimé jouer dans les prairies verdoyantes arrosées par la Loire où des vaches paissaient tranquillement, près des haies gorgées de framboises et de mûres sauvages.

Je reste nostalgique de ces lieux champêtres, de cette scierie où mon grand-père, sabotier, m’avait fabriqué de jolis sabots ornés de cerises bien rouges. Ils sont devenus le décor où évolue Myette, au début de « Initiation au pays des Micmacs ».

Quand je dus aller à l’école dans une ville proche, là où travaillaient mes parents, la vie devint plus âpre. Cette cité minière, avec ses crassiers sinistres, peuplée de mineurs aux faces noircies par le charbon, m’attristait. Des épreuves familiales traumatisantes vinrent encore noircir le tableau.

Heureusement, au lycée, en étudiant le latin, s’est révélée une passion salvatrice pour l’histoire tumultueuse de Rome et de ses empereurs, chargée en trahisons et crimes sordides, qui a puissamment infusé en ma mémoire pour finir par se transférer dans mes enquêtes de police de Lucrèce Camilleri et Julius Lictor.

Á cette époque se développa également un engouement pour la danse classique. Quel immense bonheur de traduire mes sentiments en arabesques, attitudes, sauts de biche, pas de bourrée, cabrioles, déboulés, et entrechats, perchée sur la pointe de mes chaussons de satin blanc. Je voulais devenir petit rat de l’opéra. J’étais douée m’avait-on dit.

Les demandes pour entrer dans le ballet de l’opéra de Paris ont été faites … et refusées pour la seule raison que j’étais de trop petite taille. Mauvais coup du sort ! Aujourd’hui, lorsque j’écris, je danse ! Mes phrases cherchent des accords de rythmes, des alliances de figures stylistiques. Mes récits se mettent en mouvement comme le faisait mon corps attentif à s’accorder avec les symphonies de ces fabuleux compositeurs qui, eux aussi, exercent ou exerceront leur influence dans mes romans.

Survint alors une sorte d’exode. Un divorce. La fuite de ma mère vers le Laos, avec moi dans ses valises. Un formidable dépaysement, le contact avec une autre beauté. Ce furent des années enrichissantes où j’ai adoré la chaleur humide, le Mékong, la végétation luxuriante, la gentillesse, le calme et l’insouciance de ses habitants, le bouddhisme… J’y ai également développé une hantise pour les serpents ; ces cobras, pythons, najas, visibles un peu partout, me terrorisaient ; frayeur qui s’est glissée entre les lignes du « voyageur de Sirius ».

J’ai réussi mon baccalauréat à Vientiane. J’aurais voulu rester vivre dans ce pays, mais le destin en a décidé autrement. Retour en France.

Á Montpellier, Je voulais m’inscrire à la Faculté des sciences, devenir chercheur, en biologie, en astronomie, ou en physique. Et boum, une frustration de plus ! On n’a pas voulu m’inscrire au motif que j’étais une femme ! Donc, j’ai eu comme seule option la faculté de lettres et sciences humaines. Je me suis immergée dans la littérature, le plaisir de lire. Je me suis initiée à l’ancien français, à la linguistique, à l’étymologie. J’ai analysé les œuvres d’écrivains remarquables dont certains me guident encore, Gustave Flaubert, William Faulkner, Virginia Woolf, Marguerite Duras et d’autres ; leurs fantômes rodent souvent dans les coins secrets de mes romans.

J’ai réussi ma licence de lettres, ce qui fut un tournant décisif dans ma vie familiale et sentimentale.

En parallèle à mes études littéraires, j’ai suivi les cours du conservatoire et j’ai été actrice dans quelques pièces représentées au théâtre de Montpellier. La plus marquante fut « La leçon » d’Eugène Ionesco où les mots proférés par le professeur à son élève deviennent des armes et où cette leçon se termine en meurtre. D’autres pièces de théâtre sont restées vivaces en mon esprit, dont l’une, « Six personnages en quête d’auteur » de Luigi Pirandello, m’offrit l’idée de départ du roman « Le sacre de Cydonia », où tous les romanciers de l’univers, dont les principaux auteurs du roman criminel, patientent dans une personnagothéque située sur l’étoile Meissa, en attente de nouveaux écrivains terriens d’accord pour les mettre à nouveau sur la sellette.

Puis … d’autres drames … mon départ pour Paris où J’ai terminé mon cycle d’études supérieures dans le secteur des métiers de la communication. J’y ai obtenu un diplôme de l’École Française des Attachés de Presse. Ensuite, pendant quelques temps, j’ai exercé la profession de chargée de relations publiques dans une célèbre entreprise de fils à broder, avant que l’appel du sud ne me fasse abandonner la vie parisienne, avec soulagement.

Alors débuta une absorbante carrière de professeure d’enseignements théoriques à l’École supérieure des beaux-arts de Marseille. La pédagogie de l’art destinée à permettre aux élèves de développer leur créativité m’a sans faille toujours captivée. J’y ai animé des ateliers d’écriture. En explorant des procédés rédactionnels avec mes étudiants, j’ai commencé à laisser effleurer à ma conscience ce désir encore balbutiant : écrire. Mon contact quasi permanent avec les arts plastiques a modelé un style où écrire devient aussi « peindre » : Manuel Meszarovits l’a parfaitement ressenti et l’a signifié dans sa chronique à propos de mon dernier roman, publiée sur son blog « Le monde du polar ».

Durant cette période, j’ai conduit un atelier d’art-thérapie dans une clinique neuropsychiatrique, en m’imprégnant de l’ouvrage « L‘histoire de la folie » de Michel Foucault, et tout en approfondissant les théories de Freud, de Jung, de l’antipsychiatre Ronald Laing. Les questions que je me posais à l’époque concernant les causes susceptibles d’entrainer des individus vers les zones sombres du crime et les remèdes à y apporter cherchent toujours leurs réponses dans mes romans derniers-nés : « Chasses en cours » et « La clinique du lendemain ».

Depuis 1990, je vis et écris en Provence, au pays des lavandes, en des lieux encore palpitants d’histoire moyenâgeuse. La providence m’a guidée vers la belle cité de Simiane la Rotonde d’une étrange manière ; j’y avais trouvé une écurie pour héberger le poulain pur-sang lusitanien que je venais d’acquérir ! Une nouvelle vie commença, embellie d’une sécurité affective réconfortante. La Rotonde, somptueux donjon du château, construit au XIIème siècle, m’a inspiré une grande partie de « L’Astrocyte 218 ». Mon héroine, tout en courant un marathon, est projetée dans une vie antérieure en tant que Anne de Simiane, épouse de Balthazar de Simiane, seigneur de La Coste, de nobles personnes ayant réellement existé au XVIème siècle.

Comme pour me démontrer que je n’étais pas arrivée ici par hasard, quelle ne fut pas ma surprise lorsqu’on m’apprit que Pierre Alexis Ponson du Terrail, le créateur de « Rocambole », y avait grandi, vécu et écrit ! Un joyeux coup du sort, cette fois ! J’ai lu tous ses livres mettant le personnage de Rocambole en scène. Plus encore, ce fut un honneur et un plaisir de faire connaissance avec Pierre Magnan, habitant de Forcalquier, l’auteur de passionnants polars liés à la Provence, dont certains de ses romans m’ont également inspirée, comme « Le commissaire dans la truffière » où le commissaire Laviolette mène son enquête aidé de Roseline, la magnifique truie chercheuse de truffes, à Banon, tout près de chez moi.

J’aime les animaux et ils ont aussi leur importance dans mes romans. Vous y rencontrerez une chatte siamoise, un serpent, des loups, des baleines, un papillon, un écureuil, des juments Appaloosa, un lièvre, un renard, une abeille et une souris, un poisson pilote, des chiens et chats clonés, un cerf, un chat angora turc.

J’ai eu la chance d’accomplir de nombreux voyages dans des pays m’ayant offert les décors de certains de mes romans, et parfois même les sujets. Au fil des pages, vous retrouverez mon joli coin de Provence et ses environs, Marseille, les Caraïbes, le Yucatan avec ses vestiges de la civilisation Maya, Agios Nikolaos, en Crète, avec son mystérieux lac Voulismeni, la Gaspesie au Québec, l’Ile de la réunion et son volcan, doublés de voyages imaginaires sur les Planètes Mars et Vénus, l’étoile Meissa, l’exoplanète Proxima B du Centaure. Bientôt, ma troisième enquête de Lucrèce Camilleri et Julius Lictor vous emmènera en balade du côté des iles de la Méditerranée.

Chers lecteurs et lectrices, je vous ai ouvert mon cœur. Merci d’être là. Un auteur sans lecteurs n’en est pas un. Même s’il n’y avait qu’un ou qu’une d’entre vous, ce serait pour lui, pour elle, que j’écrirais. Rappelez-vous cette devise de nos célèbres trois mousquetaires : “Unus pro omnibus, omnes pro uno », c’est à dire « Un pour tous, tous pour un ». J’aime écrire, imaginer, jouer avec les mots, leurs sens multiples, ancrer des souvenirs, créer des personnages, les écouter, leur obéir ou leur désobéir, les mettre en danger ou les sauver, leur faire parler d’amour. C’est ma vocation, même si elle s’est révélée tardivement, et il m’est essentiel de vous la faire partager.

Au fil de la plume

Notes, réflexions et coulisses de création : ce blog accompagne mes romans d’un pas de côté. On y croise mes personnages, mes obsessions, mes découvertes et les petites histoires qui nourrissent les grandes.