
La clinique du lendemain
Lorsqu’une patiente de La clinique du lendemain est retrouvée morte dans le parc de l’établissement, sous un grand cèdre, les deux mains tranchées et l’une partiellement dévorée, l’enquête s’annonce hors normes. Le capitaine Julius Lictor, fraîchement muté à l’Hôtel de police de Marseille, fait appel à Lucrèce Camilleri, profileuse de la PJ niçoise rencontrée cinq ans plus tôt en Provence. Le tandem se reforme dans la chaleur estivale de la cité phocéenne, entre Vieux-Port, Évêché et Pointe Rouge.
Pour démêler les fils de cette affaire qui semble emprunter aussi bien à la criminologie réelle qu’aux contes de fées, Lucrèce mobilise les outils classiques du profilage criminel mais aussi de nouvelles facultés médiumniques, en dialoguant avec l’esprit de Calpurnia, épouse de Jules César. Au cœur d’une clinique psychiatrique aux deux ailes contrastées, peuplée de figures aussi inquiétantes que fascinantes, l’enquête devient un exercice de décryptage symbolique où chaque indice peut renvoyer à une cruauté familière de l’enfance.
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Sous le vaste cèdre qui veille sur le parc d’une clinique psychiatrique des quartiers ouest de Marseille, le corps de Ninon Gagnier repose dans une étrange paix. Les yeux clos, le visage apaisé, vêtue d’une longue chemise de nuit ornée de broderie anglaise, la victime semble s’être endormie là par hasard, alors qu’une mise en scène glaçante l’attend. Ses deux mains ont été tranchées, l’une avec une précision quasi chirurgicale, l’autre partiellement dévorée. Aucune goutte de sang ne souille l’herbe : un cautère a brûlé les chairs, étouffant toute hémorragie. Caroline Comte plante son décor avec un sens aigu du contraste, faisant cohabiter la douceur d’un matin d’été provençal et la sauvagerie d’un acte aux relents anthropophages.
D’emblée, la singularité du crime impose ses propres questions. Qui pouvait disposer d’un instrument chirurgical aussi spécialisé ? Comment franchir le portail verrouillé d’un jardin clos ? Pourquoi ces dents humaines qui rongent la chair, pourquoi cette main droite escamotée ? L’auteure ne se contente pas d’exhiber l’horreur : elle la dissèque par petites touches, semant les indices, retardant les réponses, installant ce climat d’inquiétante étrangeté qui irrigue les meilleures intrigues criminelles. Chaque détail compte, chaque objet posé dans le décor pèsera plus tard de son poids dans la résolution.
Le procédé séduit parce qu’il refuse les facilités du genre. Le tueur ne signe pas ses méfaits, il les compose comme une œuvre, et c’est dans cette dimension presque cérémonielle que réside la force de l’énigme. Caroline Comte sait faire monter la tension sans recourir à la surenchère ; elle préfère la suggestion à l’épanchement, la précision des termes médicaux à la complaisance morbide. Le lecteur referme le premier acte avec une certitude : l’enquête qui s’annonce ne ressemblera à aucune autre.
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